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La guerre n’est pas une solution : témoignage d’un membre du chapitre malien de World BEYOND War
Par Guy Feugap, Organisateur Africain de WBW, May 9, 2026
Depuis plusieurs années, le Mali est confronté à une dégradation continue de sa situation sécuritaire, marquée par la multiplication des attaques armées, l’expansion des groupes non étatiques et l’affaiblissement des mécanismes de protection des populations civiles. Le mois d’avril 2026 a été caractérisé par une intensification notable des violences et une extension géographique des affrontements, y compris dans des zones jusque-là relativement épargnées. Face à cette évolution préoccupante, le chapitre malien de World BEYOND War, fidèle à son engagement pour une paix durable fondée sur la justice et le dialogue, considère que les solutions armées ne permettent pas de s’attaquer aux causes profondes du conflit ; d’où son appel à un changement de paradigme dans les approches de gestion de la crise au Mali.
Pour ne rester que sur le mois d’avril 2026, on a noté une intensification significative des violences armées sur l’ensemble du territoire malien, avec une concentration d’incidents dans le centre et le nord du pays, mais également une extension vers des zones stratégiques du sud. La seule journée du 25 avril 2026 constitue le point culminant de cette dynamique, avec des attaques ayant simultanément visé plusieurs positions militaires et infrastructures, notamment à Bamako, Kati, Mopti, Gao et Kidal. Ces opérations, attribuées à des groupes armés non étatiques affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) avec en face une riposte militaire, ont causé la mort de nombreuses personnes dont des civils, au moins 23 selon Le Monde. Au-delà des affrontements directs, il y a cette recrudescence des incidents affectant les populations civiles, notamment à travers des menaces, des violences ciblées et des restrictions accrues de mobilité, qui aggravent la situation humanitaire déjà préoccupante.
Malgré des années d’opérations militaires intensives, la violence ne recule pas ; elle se transforme, se déplace et s’enracine davantage dans les territoires fragilisés. Cette approche tend également à produire des effets contre-productifs, notamment en alimentant des cycles de représailles, en accentuant la défiance entre populations et forces de sécurité, et en exacerbant les tensions communautaires. La dynamique guerrière confirme ainsi les limites des solutions essentiellement fondées sur l’usage de la force, car dans un tel contexte, la protection des civils est insuffisante, tandis que les conditions favorisant la tolérance vis-à-vis des groupes armés persistent, voire s’aggravent. Du coup la réponse militarisée ne permet pas de traiter les causes profondes du conflit.
Pour World BEYOND War, les développements récents confirment l’urgence d’un changement de paradigme : sortir d’une logique centrée sur la guerre pour privilégier des approches fondées sur le dialogue, la justice, la participation citoyenne et la construction d’une paix durable. Sans une réorientation stratégique en ce sens, le risque est celui d’une escalade prolongée, au détriment des populations civiles et de la stabilité du pays. Face à cette réalité, il est impératif de reconnaître que la sécurité ne peut être durablement assurée par la force militaire. Une réorientation vers des solutions politiques inclusives, fondées sur la prise en compte des causes profondes du conflit, constitue désormais une urgence stratégique pour éviter une aggravation de la crise.
Le cri des Maliens : La guerre n’est pas une solution
Au-delà des analyses que l’on puisse faire où du fait que d’aucuns tentent de justifier la guerre, la réalité du conflit se mesure à l’expérience quotidienne des populations civiles. Les témoignages en provenance des zones affectées du pays décrivent une détérioration profonde des conditions de vie, marquée par la peur, les déplacements forcés et la destruction des moyens de subsistance. Un membre du chapitre malien de World BEYOND War, témoin direct de ces réalités, exprime en ces termes l’urgence de la situation :
« Je m’adresse à tous les acteurs engagés dans ce conflit, quelles que soient leurs allégeances. Mon propos est celui d’un être humain confronté, jour après jour, aux conséquences de la guerre : des villages vidés, des champs brûlés, des puits pollués, des maisons détruites, des hommes emmenés et rarement revus, des femmes contraintes de fuir avec leurs enfants. Ces civils ne choisissent pas la guerre. Ils veulent simplement vivre.
Avant même les violences, ces populations faisaient face à des fragilités liées au changement climatique, à la raréfaction des ressources et aux tensions locales. Aujourd’hui, ces équilibres sont brisés. Les communautés rurales subissent des pressions multiples, des violences, des restrictions, et une méfiance croissante entre voisins.
Arrêtez de prendre les civils pour cibles, boucliers ou sources de renseignement forcé. Cessez les violences dans les villages. Ne détruisez plus les moyens de subsistance. Si les civils disparaissent, il n’y aura plus de territoire à reconstruire. La paix ne pourra pas naître sur des cendres vides. Protéger les populations civiles n’est pas une option : c’est une condition pour que demain reste possible. »
Au regard des dynamiques recemment observées et de leurs conséquences sur les populations civiles, le chapitre malien de World BEYOND War appelle à une réorientation urgente des réponses à la crise, autour des priorités suivantes :
- Placer la protection des civils au cœur de toutes les actions
- Engager des processus de dialogue inclusifs
- Réorienter les réponses internationales
- Garantir un accès humanitaire sans entrave
- Renforcer les initiatives locales de paix
- S’attaquer aux causes profondes du conflit
Les récents développement dans le conflit au Mali doivent être compris comme un signal d’alerte. L’intensification des violences et leurs conséquences sur les populations civiles montrent que la trajectoire actuelle conduit à une aggravation durable de la crise. Une attaque survenue cette semaine dans la région de Bandiagara, au centre du Mali, a coûté la vie à plus de 50 civils, illustrant une fois de plus la gravité de la situation sécuritaire et le lourd tribut payé par les populations civiles. C’est pourquoi il est urgent d’opérer un changement de cap. Les autorités nationales, les parties prenantes du conflit et les partenaires internationaux ont la responsabilité collective de privilégier des solutions fondées sur la protection des civils et leurs biens, le dialogue et la justice, plutôt que sur la seule logique de confrontation armée. Le chapitre malien de World BEYOND War appelle ces acteurs, ainsi que les organisations de la société civile, les leaders communautaires et les citoyens, à faire de la paix une priorité effective.
War is Not a Solution: A Testimony from a Member of the Malian Chapter of World BEYOND War
For several years, Mali has been facing a continuous deterioration of its security situation, marked by the multiplication of armed attacks, the expansion of non-state armed groups, and the weakening of mechanisms for protecting civilian populations. The month of April 2026 was characterized by a notable intensification of violence and a geographical expansion of clashes, including in areas that had previously been relatively spared. In light of this worrying situation, the Malian chapter of World BEYOND War, in line with its commitment to a sustainable peace based on justice and dialogue, considers that armed solutions do not address the root causes of the conflict; hence its call for a paradigm shift in approaches to managing the crisis in Mali.
Focusing solely on the month of April 2026, there was a significant intensification of armed violence across the entire Malian territory, with a concentration of incidents in the center and the north of the country, but also an extension towards strategic areas in the south. The single day of April 25, 2026 represents the peak of this dynamic, with attacks simultaneously targeting several military positions and infrastructures, notably in Bamako, Kati, Mopti, Gao, and Kidal. These operations, attributed to non-state armed groups affiliated with the Group for the Support of Islam and Muslims (JNIM), met with a military response and resulted in the deaths of many people, including civilians, at least 23 according to Le Monde. Beyond direct confrontations, there has been a resurgence of incidents affecting civilian populations, particularly through threats, targeted violence, and increased restrictions on movement, further worsening an already concerning humanitarian situation.
Despite years of intensive military operations, violence has not receded; it has transformed, shifted, and become more deeply rooted in fragile territories. This approach also tends to produce counterproductive effects, notably by fueling cycles of retaliation, increasing distrust between populations and security forces, and exacerbating community tensions. The war dynamic thus confirms the limits of solutions primarily based on the use of force, as in such a context, the protection of civilians remains insufficient, while the conditions that foster tolerance toward armed groups persist, or even worsen. As a result, the militarized response does not address the root causes of the conflict.
For World BEYOND War, recent developments confirm the urgency of a paradigm shift: moving away from a war-centered logic to prioritize approaches based on dialogue, justice, citizen participation, and the construction of sustainable peace. Without such a strategic reorientation, there is a risk of prolonged escalation, to the detriment of civilian populations and the stability of the country. In light of this reality, it is imperative to recognize that security cannot be sustainably ensured through military force alone. A shift toward inclusive political solutions, grounded in addressing the root causes of the conflict, is now a strategic necessity to prevent further deterioration of the crisis.
The Cry of Malians: War is Not a Solution
Beyond any analysis or attempts by some to justify war, the reality of the conflict is measured through the daily experiences of civilian populations. Testimonies from affected areas of the country describe a profound deterioration of living conditions, marked by fear, forced displacement, and the destruction of livelihoods. A member of the Malian chapter of World BEYOND War, a direct witness to these realities, expresses the urgency of the situation in the following terms:
“I address all actors engaged in this conflict, regardless of their allegiances. My words are those of a human being confronted, day after day, with the consequences of war: emptied villages, burned fields, polluted wells, destroyed homes, men taken away and rarely seen again, women forced to flee with their children. These civilians do not choose war. They simply want to live.
Even before the violence, these populations were already facing vulnerabilities linked to climate change, resource scarcity, and local tensions. Today, these balances are shattered. Rural communities are subjected to multiple pressures, violence, restrictions, and growing mistrust among neighbors.
Stop using civilians as targets, shields, or sources of forced intelligence. Stop violence in villages. Do not destroy livelihoods anymore. If civilians disappear, there will be no territory left to rebuild. Peace cannot emerge from empty ashes. Protecting civilian populations is not an option: it is a condition for tomorrow to remain possible.”
In light of the dynamics recently observed and their consequences on civilian populations, the Malian chapter of World BEYOND War calls for an urgent reorientation of responses to the crisis around the following priorities:
- Place the protection of civilians at the center of all actions
- Engage in inclusive dialogue processes
- Reorient international responses
- Ensure unhindered humanitarian access
- Strengthen local peace initiatives
- Address the root causes of the conflict
Recent developments in the conflict in Mali must be understood as a warning signal. The intensification of violence and its consequences on civilian populations show that the current trajectory is leading to a prolonged worsening of the crisis. An attack that occurred this week in the Bandiagara region in central Mali claimed the lives of more than 50 civilians, once again illustrating the gravity of the security situation and the heavy toll being paid by civilian populations. This is why it is urgent to change course. National authorities, parties to the conflict, and international partners have a collective responsibility to prioritize solutions based on the protection of civilians and their property, dialogue, and justice, rather than on armed confrontation. The Malian chapter of World BEYOND War calls on these actors, as well as civil society organizations, community leaders, and citizens, to make peace an effective priority.
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